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  • matthieu davette

Nicolas Comment, Nouveau

Nicolas Comment est photographe de formation. Au milieu des années 2000, il profite d’un séjour à Berlin pour composer quelques chansons. À la suite d’une rencontre avec le musicien et producteur Marc Collin – instigateur de Nouvelle Vague, projet de reprises de morceaux rock-new-wave allant de Joy Division à Cure en passant par Depeche Mode – il enregistre un premier album, Nous Étions Dieu (2010). La voix est « parlée ». Dans ce domaine, en France, on se réfère soit à Gainsbourg - mais lui s’était fait connaître avec des chansons avant de passer au « talk-over » - soit au slam, et à Abd Al Malik, MC Solaar ou Grand Corps Malade, qui sont proches du rap. Or, fait assez rare pour être signalé, un des titres de l’album de Nicolas Comment atteint les radios (le réussi « Nous étions dieu ») sans qu’il soit passé par la case chanson ni qu’il s’apparente au rap.

Le clip associé au morceau est simple et efficace, et il circule. N’oublions pas que Nicolas Comment est un « homme d’image »... Justement, entre son métier d’origine (photographe) et musicien, il se refuse à trancher, et préfère creuser une veine personnelle. Il ne cède pas à la facilité et le prouve en publiant un second album en 2012 destiné à compléter un travail photographique autour de l’écrivain Bernard Lamarche-Vadel. Il choisit des textes du poète, parfois obscurs, et les « parle » sur une musique rock et langoureuse. Outre le disque, un livre de photos autour de l’œuvre de l’écrivain est publié. C’est de ce principe que Nicolas Comment s’inspire aujourd’hui pour un autre auteur, poète contemporain et amant de Rimbaud, Germain Nouveau. Cette fois, le musicien-photographe va plus loin. Plutôt que de publier deux œuvres séparées, il les réunit pour n’en faire qu’une, hybride, un disque vinyl accompagné d’un livret de photos grand format. Et la réalisation de l’ensemble est heureuse. En se plongeant dans la matière qui fait cet objet, on navigue des musiques aux photos et réciproquement. Le disque est réalisé avec l’impeccable Eric Elvis Simonet, musicien producteur rencontré pour Rose Planète, un autre album de Nicolas Comment réalisé à partir de textes érotiques. Depuis Nous étions Dieu, les disques de l’artiste ne se donnent pas tout de suite. Le dernier ne fait pas exception. En cause, les textes du poète Germain Nouveau dont le sens échappe parfois à la première écoute. C’est par la fin qu’on pénètre le mieux dans l’univers du disque. « Excelsior », seul texte écrit par le chanteur, décrit le village du poète et ses errances, on s’y croirait, puis « Dévotion », le dernier titre, happe l’auditeur comme un générique de film et donne envie de tout réécouter. Autrement. Lors des écoutes suivantes, on découvre « Mendiants » et la dispute entre Rimbaud et Nouveau, « Brummel » aussi et son « parfum d’un baiser à la moustache », ou encore la belle forêt magique « épanouie sous des yeux d’étoiles ». « À J-A R », beau morceau vénéneux avec sa guitare électrique incisive, illustre parfaitement une lettre que Germain Nouveau écrivit à Rimbaud dans le but de le tailler en pièce : « Dégoûtant chanteur de la note inexacte. » Phrase dont se délecte le chanteur Nicolas Comment. On s’attache à un, puis deux morceaux, pour finir par adopter l’ensemble. On n’oubliera pas de mentionner les interludes disséminés en pointillé entre les chansons, de magnifiques « pièces » jouées par un quatuor de violoncelles et composées par Laurent Levesque.

L’objet complet est riche et sa force est de fonctionner dans son entièreté, car comme dit précédemment, les photos participent de l’évocation poétique de l’univers et aident aussi à revenir aux chansons. Pour finir, on lira le long et beau texte de pochette de Yannick Haenel, qui serpente entre les photos - à moins d’avoir commencé par là, comme on lit une préface. C’est assurément un disque qui recèle des mystères qu’on cherche encore à éclaircir après plusieurs écoutes, mais qu’on aime aussi de plus en plus. N’est-ce pas là l’apanage des meilleurs albums ?


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